Le conte de noël du Jacu bird à l’Arbre à Café

14 Déc
10 rue du Nil en face de Frenchie

Le sapin de l’Arbre à café, 10 rue du Nil 75002 Paris//  2013

Victoire ! J’ai pu arracher Mr K. à ses travaux pour  l’emmener à la boutique de l’Arbre à café. Rue de Réaumur, un parfum euphorisant soufflait sur nos pas,  qui, imperceptiblement, devenaient de plus en plus rapides. Les embruns de l’école buissonnière. L’appel du grand large.  Le ciel était bleu, l’air vif, la chape de pollution au dessus de nos têtes invisible.  Devant le 10 de la microscopique rue du Nil,  des tasses à café blanches pendaient aux branches du sapin. Pas de doute, nous étions arrivés. La boutique d’Hippolyte Courty, le proprio, le barista, le dénicheur de cerises rares, l’expert en café, bref Monsieur Hippolyte,  était disponible, aucun  autre client.   Juste la charmante demoiselle permanente en ces lieux, qui me reconnut.

Arbre à café

L’arbre à café et ses producteurs en biodynamie.

Une aubaine. J’allais pouvoir poser les nuées de questions qui se levaient les unes après les autres, tout en invitant  Mr. K à gouter pour la première fois un mémorable Jacu Bird. Ce fameux café de légende. Une rareté. Une folie. Un café prédigéré du Brésil, dont les cerises – cultivées en biodynamie – ont été ingurgitées par des oiseaux, déféquées après une fermentation dans l’estomac de l’animal,  récupérées et lavées…   J’en ai déjà parlé ici (voir précédent billet). Une équipe de journalistes de M6  (voir précédent billet) trouvant ce billet à son gout est même venue filmer une séquence au restaurant Saturne (voir précédent billet) où le café était servi.

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Machine italienne à 6 000 €.

Ces trois gorgées constituent une expérience.  Jamais personne n’a gouté une boisson pareille, un café encore moins.

La demoiselle nous invita à nous asseoir et à nous rincer la bouche avec une eau spéciale : La Black Forest, peu minérale, tout indiquée pour cet usage.

Puis, tandis que le premier jus s’écoulait de la machine italienne, dans un silence saturé d’attention, la porte s’ouvrit, laissant passer un homme d’une forte corpulence, portant un large manteau gris. Il  trainait derrière lui un bagage à roulettes à la manière des mendiants du métro parisien. Sa démarche  claudicante venait des drôles de chaussons qu’il portait aux pieds.  Le bonhomme avait l’air d’un clochard mais pas que.

Il questionna  : – C’est pour les professionnels les cafés ici… ? et sourit.

La demoiselle lui répondit gentiment : – Non pas du tout.

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Face au Frenchie…  l’équipe du jeune chef français  y est souvent.

Il rentra avec une bourrasque d’air glacé et referma la porte derrière lui.

Six paires d’yeux l’examinaient à la recherche d’autres détails révélant sa qualité. Il s’était montré poli. L’homme avait fini par refermer la porte derrière lui, n’avait pas pris la mouche quand la demoiselle lui avait cloué le bec à  sa première question en l’avertissant qu’elle s’occupait en priorité des premiers clients,  que nous étions.  Il avait juste répondu : – Ah mais oui bien sûr, je croyais que vous étiez des amis en train de bavarder…

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L’eau idoine pour nettoyer sa bouche avant la dégustation.

J’avoue qu’à cette minute, j’avais commencé à tiquer intérieurement, égoïstement, l’instant béni me semblait gâté par la présence de l’inconnu,  auquel il était impossible d’échapper, coincés que nous étions tous dans cette minuscule échoppe. Il semblait naturel qu’il se mêle à la conversation.  Le cercle de la dégustation s’agrandissait, bon gré mal gré. La demoiselle conservait son sang froid et sa concentration pour nous préparer nos deux tasses de Jacu bird à 7  € l’unité.  De son côté, l’inconnu questionnait et  voulait commander un café italien bien brûlé.

La demoiselle lui répondit Ah mais vous n’allez pas trouver ça ici nos cafés ne sont pas brûlés du tout…

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La boutique se voit peu, cela changera bientôt…

Un instant je l’avoue, j’eus l’espoir qu’il reparte.

Ce n’est pas ce qui se produisit.  La demoiselle lui servit simplement le grand cru du jour, un Costa Rica à 3 €. Dans ma tête je me dis qu’il s’apprêtait peut être à commettre une grivèlerie et partir sans payer. Il but sa première gorgée. L’inconnu sembla se déposer dans le sol. Ses yeux agrandis et  fixes, immobilisés sur la ligne d’horizon, parlaient pour lui.

Ah ! c’est bon... lâcha t’ il dans un souffle, avant de replonger le nez dans sa tasse de porcelaine blanche. Alors qu’il avait fini, commandait à présent 250 grammes de mouture fine pour une cafetière filtre à emporter, et payait son dû, il nous proposa de nous raconter un conte…

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… nos tasses étaient peuplées d’animaux fabuleux. crédit photos : boncaféparis // 12/2013.

Au Yemen autrefois, il y avait un berger qui gardait ses chèvres », dit il, « Un jour, il remarquât quelques unes d’entre elles qui ne dormaient pas, gambadaient sans cesse, il les observât et remarquât qu’elles mangeaient de petits fruits rouges de certains arbres… des caféiers.  

Chacun ici, connaissait cette légende. Personne n’interrompit son récit narré d’une voix grave. Il paya et  nous salua avant de repartir vers sa vie – mystérieuse.

Nous reprîmes le cours de nos vies et commençâmes tranquillement la dégustation.  Les yeux fermés, nous le humâmes, ce Jacu Bird. Le parfum  nous emporta loin ; la première gorgée  encore davantage. La trame à la fois onctueuse et acide entraina  nos  âmes  sur une vague forte et soyeuse… Le temps d’une éternité.  La troisième gorgée acheva l’œuvre magistrale. La longueur en bouche est remarquable, digne des plus grands vins de ce monde.

Mr. K qui avait bu à toutes petites lampées avouât avec gravité la porte refermée

Ce café est dangereux, il va me hanter et me réveiller la nuit…

Une Réponse to “Le conte de noël du Jacu bird à l’Arbre à Café”

  1. L'Arbre à Café décembre 16, 2013 à 6:48 #

    Whaouh quel effet ! 900kg par an pour ce café hors norme. Bienvenus donc rue du Nil pour une dégustation !

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